Comment choisir la bonne taille de mors pour cheval ?

Matériel & Équipement

Comment mesurer la largeur de bouche de mon cheval ?

Oubliez le “à l’œil”. Mesurez. Deux méthodes fiables : (1) Jauge/mètre à mors du commerce : on place l’outil à la hauteur habituelle du mors, au contact juste (sans écraser les commissures), puis on lit la distance “commissure à commissure” en millimètres. (2) Tige lisse (tourillon bois Ø10–12 mm ou gros crayon rond) : on la pose comme un mors, on marque l’emplacement au ras de chaque commissure, puis on mesure entre marques. Faites la mesure à tête droite, montants ajustés à hauteur normale, bouche détendue. Répétez deux fois et retenez la moyenne.

Astuce pratique : si la langue pousse la tige, attendez que le cheval mâchonne et se relâche. Évitez les jours de dents sensibles (après dentiste). Notez la mesure brute (largeur “bouche”) et le type d’anneaux prévu (libres, olives, D, Verdun), car cela influence la largeur finale du mors à choisir. Enfin, gardez la mesure dans un carnet avec la date, le modèle de mors et les observations (salivation, stabilité, traces sur les commissures) : ce suivi vous fera gagner du temps lors des essais suivants.

Quelle largeur de mors choisir d’après la mesure obtenue ?

Règle simple : on part de la mesure bouche et on ajuste selon le type d’anneaux. Pour un mors à anneaux fixes (olives, D, Verdun, aiguilles), choisissez une largeur quasi identique à la bouche, avec 1–2 mm de dépassement de chaque côté (soit 2–4 mm au total). Pour un mors à anneaux libres, prévoyez un peu plus de jeu pour éviter le pincement et permettre le coulissement : en général +5 mm par rapport à la bouche (donc ~2–3 mm visibles par côté).

Exemple : si la bouche mesure 125 mm, un filet olives prendra souvent 125–128 mm, un anneaux libres plutôt 130 mm. Restez dans l’intervalle le plus proche existant chez la marque (115/120/125/130/135/145 etc.). Ne surtaillez pas “par sécurité” : un mors trop large se décale, crée des à-coups latéraux et perturbe le contact. Un mors trop serré pince et frotte. La bonne largeur se lit au calme : le mors est centré, 1–3 mm de bouche visibles de chaque côté (selon anneaux), aucune marque de pincement.

Comment reconnaître un mors trop petit (trop étroit) ?

Signes typiques : commissures irritées, petites coupures, lèvres “aspirées” dans l’anneau, refus de contact, tête qui fuit, langue qui cherche à échapper. Visuellement, il n’y a quasiment aucun dépassement du canon en dehors des lèvres ; sur anneaux libres, l’anneau peut “manger” la commissure. En dynamique : le mors reste coincé d’un côté dans les virages, la direction devient inégale, le cheval ouvre la bouche ou se défend au moindre déplacement latéral de la main.

Que faire ? Mesurez de nouveau la bouche, vérifiez la symétrie des montants et la hauteur (deux petits plis max aux commissures, jamais tiré vers le haut). Si la taille est en cause, passez l’échelon supérieur immédiat (ex. 125 → 130 mm en anneaux libres) et observez sur 3–4 séances. Sur des commissures fines ou une peau sensible, ajoutez des rondelles (bit guards) le temps de cicatriser… mais corrigez surtout la largeur. Enfin, écartez les causes dentaires (pointes, dents de loup) : un mors “pile” peut devenir agressif si la bouche est douloureuse.

Comment reconnaître un mors trop grand (trop large) ?

Un mors trop large flotte, se décale nettement sur un côté lors des demandes ou des transitions, et peut heurter une molaire. On voit souvent >4–5 mm de bouche visibles par côté (sur olives/D/Verdun) ou >3–4 mm sur anneaux libres. Le cheval peut devenir “flou” à la direction, mâchonner de manière nerveuse, ou au contraire s’endormir sur un contact sans précision. Les commissures marquent moins… mais l’instabilité crée micro-frottements et points chauds.

Solution : redescendez d’une taille (ex. 135 → 130 mm) et réévaluez. Si vous tenez à conserver cette largeur (occasion d’essai), passez en anneaux fixes (qui tolèrent un poil plus serré) ou montez temporairement des rondelles épaisses pour limiter les latéralités, tout en sachant que le vrai correctif reste la bonne largeur. N’oubliez pas qu’une selle/muserolle mal réglées peuvent mimer un problème de taille : vérifiez la symétrie de tout le bridon avant d’incriminer le mors.

Quelle épaisseur de canon choisir (12–21 mm, “plus épais = plus doux” ?)

Idée reçue : “plus épais = plus doux”. Faux si la bouche est peu volumineuse (langue épaisse, palais bas, barres serrées). Un canon trop épais comprime, gêne la respiration et pousse le cheval à ouvrir la bouche. À l’inverse, un canon trop fin peut devenir sévère si la main manque de stabilité. En pratique : 14–16 mm convient à beaucoup de chevaux ; 12–14 mm aide les bouches petites/palais bas ; 18–21 mm n’est confortable que chez des bouches larges et des mains très calmes.

Choix pragmatique : observez la place disponible (langue, palais), la qualité de votre main et l’objectif (éducation vs précision). Un double brisure fine “anatomique” laisse souvent plus de place qu’un simple brisé épais. Si votre cheval s’apaise clairement en passant d’un 18 à un 14 mm, il manquait de volume. Si au contraire il devient fébrile et mordille tout, vous êtes peut-être descendu trop fin pour votre main. Le bon canon est celui qui laisse de l’espace et reste stable.

Anneaux libres, olives, D, Verdun, aiguilles : ça change quoi pour la taille ?

Oui. Anneaux libres (loose ring) : coulissent, demandent un peu plus de largeur (+5 mm vs bouche en général) pour éviter pincement et accrocs latéraux. Olives / D / Verdun / aiguilles (anneaux fixes) : la joue stabilise le mors ; on vise la largeur de bouche “pile” avec 1–2 mm de marge de chaque côté. Les aiguilles guident latéralement mais n’autorisent pas plus de serrage ; ne compensez pas une taille trop large par le bras de levier des aiguilles.

Rappel : si vous changez seulement la forme des anneaux en gardant le même canon, ajustez la largeur en conséquence. Un 130 mm anneaux libres se traduit souvent par 125 mm en olives/D/Verdun, à confort égal. Testez, et retenez ce qui centre naturellement sans frotter ni flotter.

Rondelles (bit guards) : faut-il changer de taille ?

Les rondelles protègent les commissures (utile sur anneaux libres ou peaux sensibles). En principe, elles ne nécessitent pas d’augmenter la largeur si la taille est bonne : le canon doit encore dépasser légèrement au-delà de la rondelle (1–2 mm) pour ne pas comprimer la lèvre. Si votre mors était déjà “juste juste”, les rondelles peuvent le rendre trop serré : passez la taille supérieure ou retirez-les quand la peau est guérie.

Sur anneaux fixes, elles sont rarement indispensables si la largeur est correcte. Sur jeunes chevaux ou bouches irritées, elles offrent un confort temporaire pendant les 2–3 premières semaines d’apprentissage. Retenez : la rondelle corrige une conséquence (frottement), pas la cause (mauvaise largeur ou main agitée). Ajustez d’abord la taille.

Poneys, chevaux baroques, traits : des spécificités de taille ?

Poneys ont souvent une bouche courte et peu de volume : privilégiez des largeurs très justes (95/105/115 mm selon taille) et des canons 10–14 mm. Baroques (PRE, Lusitanien, Frison…) présentent parfois une langue épaisse et un palais bas : évitez les canons trop épais et les simples brisés “cassants”. Les traits demandent des largeurs plus grandes (135–155 mm) mais pas forcément des canons énormes : la place intra-buccale reste finie.

Dans tous les cas, mesurez, puis validez au pas/trot avec des rênes détendues et au contact. Cherchez la stabilité, la salivation tranquille et un centrage naturel. La race donne une tendance ; l’individu décide.

Réglages du bridon : hauteur du mors et muserolle influencent-ils la taille ?

Oui, indirectement. Un mors réglé trop haut “sourit” (tire les commissures) et peut faire croire qu’il est trop court ; trop bas, il cogne les incisives et semble trop long. Réglez pour obtenir 0–2 petits plis selon la bouche et le modèle de mors. La muserolle (française, combinée, croisée) ne doit jamais servir à fermer la bouche pour “rendre le mors tolérable” : si vous devez serrer, c’est souvent que la taille/épaisseur/type ne convient pas. Une muserolle trop serrée fausse aussi la lecture du contact et la salivation.

Procédez dans l’ordre : (1) taille correcte, (2) hauteur juste, (3) muserolle neutre, (4) test monté. Ce n’est qu’ensuite que vous jugerez l’effet réel du mors.

Le matériau (inox, sweet iron, cuivre, cuir, résine) change-t-il la taille ?

La largeur requise ne change pas avec le matériau, mais la stabilité et la salivation oui. L’inox est neutre et durable ; le sweet iron et le cuivre stimulent la salive (goût), ce qui peut rendre un mors un peu “vivant” chez certains chevaux. Les canons résine/cuir sont souvent plus épais à taille égale : vérifiez l’espace réel en bouche et, si besoin, descendez d’1–2 mm d’épaisseur, pas de largeur. Sur des bouches sensibles, un canon lisse et chaud (cuir bien entretenu) peut être mieux toléré qu’un métal froid… à condition d’entretien irréprochable.

Double bride (bridoon + weymouth) et Pelham : quelles largeurs choisir ?

En pelham ou bride, on superpose des actions. Traditionnellement, la weymouth (mors de bride) est ~5 mm plus étroite que le bridoon (petit filet) pour se loger plus haut, sans pincer les commissures ; le bridoon est souvent à la même largeur que votre filet habituel (anneaux fins). En pelham, restez sur la largeur “filet” correspondant au type d’anneaux (plutôt fixes). L’épaisseur mérite encore plus d’attention : privilégiez du fin et anatomique si la bouche offre peu de place, surtout en double.

Gardez en tête que la double bride n’est pertinente que lorsque la base (équilibre, contact, rectitude) est solide. La taille juste est un prérequis, pas un raccourci.

Comment organiser un essai et valider la taille en quelques séances ?

Plan d’essai : (1) mesure et choix de 2 tailles voisines (ex. 125 et 130 mm), (2) 2–3 séances par taille, 30–40 minutes max, (3) même réglage de bridon et même programme (transitions, cercles, cessions légères). Critères : mors centré, lèvres nettes, absence de marques après la séance, salivation souple, direction homogène, transitions sans défenses, stabilité du contact dans les changements d’incurvation.

Notez vos impressions à chaud (journal). Laissez 24 h et regardez les commissures. Si doute, filmez au pas/trot : un mors trop large se voit “voyager” latéralement ; trop court pince en virage. Validez la taille gagnante puis affinez l’épaisseur et, en dernier, le type (brisures, anneaux) selon les sensations.

Et les dents (dents de loup, pointes) : à vérifier avant de conclure ?

Oui. Des dents de loup non retirées, des pointes sur prémolaires/molaires ou des blessures anciennes peuvent mimer tous les “syndromes de mauvais mors” : défenses au sanglage, refus du contact, langues qui passent, mâchonnements nerveux. Un passage régulier chez le dentiste équin (6–12 mois selon âge/cheval) s’impose avant de juger la taille comme coupable. Après intervention, attendez quelques jours et reprenez la démarche de mesure/essai calmement.

Souvenez-vous : un mors parfait ne compense jamais une bouche douloureuse. Il faut d’abord retirer l’écharde, ensuite choisir le pansement.

Tableau indicatif des largeurs usuelles (à adapter à la mesure)

Ce tableau donne des ordres de grandeur pour démarrer. Mesurez toujours la bouche de votre cheval.

TypeLargeurs fréquentes (mm)Remarques
Poney B/C95 – 105 – 110Canons fins (10–12–14 mm) souvent mieux tolérés.
Poney D / Cob fin115 – 120 – 125Anneaux libres : +5 mm vs olives/D.
Cheval “moyen”125 – 130 – 135La tranche 125–135 couvre la majorité.
Grand cheval / Cob large140 – 1
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